Le mec et la nana qu’ont un peu d’mal à enchaîner | The Guy and the Girl Who Have Trouble Moving On

« Empruntant volontairement sa forme aux sitcom – ces programmes humoristiques destinés à la télévision dont la diffusion explosa sur les chaînes françaises au milieu des années 90 – Le mec et la nana qu’ont un peu d’mal à enchaîner propose de suivre, dans une juxtaposition de courtes scènes, les échanges d’un couple, en apparence « lambda ». Face à différents moments qui pourraient être tirés de la vie quotidienne, le spectateur assiste au malaise grandissant entre les personnages. Les dialogues, n’établissant aucune hiérarchie entre des éléments de communication ordinaire et des références théoriques contemporaines, mettent au jour la profondeur de ce malaise, où les situations privées amplifient un contexte de désenchantement plus global. Alors que plusieurs thèmes sont successivement mentionnés (culture, sexualité, politique), le langage sert d’énonciation à une prise de conscience désabusée. Ici encore, Jean Charles Massera utilise les « formats de l’ennemi » – les instruments de diffusion de la culture de masse – comme supports de parasitage depuis lesquels émettre une parole alternative, critique par rapport à l’objet même d’où elle se trouve formulée. La sollicitation de codes télévisuels renseigne également sur ce qui pourrait être le socle de présentation idéal de cette vidéo : la société du spectacle, en tant que « jeu d’atomisation des consciences et des individus », apparaît alors comme une cible depuis laquelle cette critique, en devenant visible, deviendrait pertinente. « Parler entre deux pubs me semble plus fort que dans un espace dédié à la culture. » ajoute-t-il, faisant de cette logique d’infiltration l’une des uniques possibilités de diffusion efficace d’un contenu d’émancipation. »

Guide du visiteur – IAC – 2010

Deliberately borrowing its form from sitcoms—the humorous television programs whose broadcast exploded on French channels in the mid-90s—The Guy and the Girl Who Have Trouble Moving On proposes to follow, through a juxtaposition of short scenes, the exchanges of an apparently ‘average’ couple. As they face various moments that could be taken from daily life, the viewer witnesses the growing discomfort between the characters. The dialogues, which establish no hierarchy between elements of ordinary communication and contemporary theoretical references, reveal the depth of this discomfort, where private situations amplify a more global context of disenchantment. While several themes are successively mentioned (culture, sexuality, politics), language serves as the utterance for a disillusioned realization. Here again, Jean Charles Massera uses the “enemy’s formats”—the instruments for the diffusion of mass culture—as parasitic supports from which to emit an alternative, critical discourse concerning the very object from which it is formulated. The use of televisual codes also points to what could be the ideal presentation bedrock for this video: the society of the spectacle, as a “game of the atomization of consciousness and individuals,” emerges as a target from which this critique, by becoming visible, becomes relevant. “Speaking between two commercials seems more powerful to me than in a space dedicated to culture,” he adds, making this logic of infiltration one of the only possibilities for the effective dissemination of emancipatory content.